Seul le Jobbik peut sauver la Hongrie

myeurop.info, 17 septembre 2013 :

Péter Sziráki, 21 ans, étudiant de Budapest va voter pour le parti Jobbik. Ce parti d’extrême droite xénophobe est, pour lui, le seul capable de défendre « la nation hongroise » menacée par les étrangers. Portrait.
Troisième volet de notre série de portraits d’Européens votant pour la première fois à l’extrême-droite.

Le parti Jobbik, ce nouvel acteur de la politique hongroise depuis 2003, est monté en puissance à partir de 2006, profitant de la crise politique de l’époque. Le nouveau visage de l’extrême droite en Hongrie a crée la surprise aux élections législatives de 2010, remportant près de 17 % des suffrages. Qui sont vraiment les électeurs du Jobbik, parti nationaliste, antisémite et anti-Roms ?

Pour le savoir, nous avons rencontré Péter Sziráki, étudiant en deuxième année dans le milieu paramédical à Budapest. A 21 ans, Péter s’apprête à glisser son premier bulletin aux élections législatives du printemps 2014. Pour lui, la chose est quasi entendue, c’est pour le Jobbik qu’il devrait voter:

C’est un parti jeune, du 21e siècle, avec lequel je suis en accord sur de nombreux points mais pas sur tout, notamment sur la question de la peine de mort ».

Ni la coalition actuellement au pouvoir (FIDESZ – KDNP: la droite du chef du gouvernement Viktor Orbán alliée aux démocrates chrétiens), ni les partis de l’opposition (les socialistes ont gouverné huit ans d’affilée avant le retour de la droite en 2010) n’ont de crédit suffisant à ses yeux. « Dans le passé, on a pu voir que les partis au pouvoir, n’ont pas été en mesure de prendre les décisions qu’il fallait, pire, ont eu un impact négatif pour le pays« .

« La Hon​grie doit prendre le pouvoir »

Seul le Jobbik me semble capable de prendre les mesures qui conviennent »

annonce Péter, d’une voix enrhumée. Il me confie autour d’un verre de coca qu’il revient tout juste du mariage de sa sœur, célébré sous la pluie, dans son village à 90 km à l’est de Budapest.

Les traits de ce futur ambulancier sont doux, son élocution est élégante, posée: aucune trace de tatouage ni de t-shirt de la Grande Hongrie (la Hongrie d’avant le traité de Trianon de 1920, dont la révision est souvent à l’ordre du jour des meetings du Jobbik). Bref, on aurait presque du mal à imaginer Péter défiler sous les bannières du drapeau d’Arpád, devenu oripeaux de l’extrême droite hongroise ces dernières années.

C’est pourtant bien au rassemblement du 1er mai, organisé par le Jobbik, que j’ai rencontré Péter, en pleine conversation avec des membres de la jeunesse du Jobbik, entourés de 10 000 autres sympathisants. Péter n’en était pas à sa première manifestation. A vrai dire, depuis sa majorité il s’intéresse de plus en plus à la politique, « j’ai eu le temps de comparer les opinions des uns et des autres » sans pour autant trop en débattre autour de lui.

Comme souvent en Hongrie, et d’autant plus chez les jeunes majoritairement a-politisés, la politique n’entre pas dans les foyers : « il n’y a guère qu’avec ma copine que j’en parle ». Elle aussi votera « sans doute » Jobbik.

Mais je n’ai aucune idée de pour qui mes parents vont voter, on ne parle pas de politique à la maison, trop de familles se sont déchirées avec ça ! ».

Discret, Péter n’en pense pas moins. Il n’est pas prêt de quitter la Hongrie, à l’heure où des milliers de ses compatriotes l’ont déjà fait. A l’université, il ne paie pas de frais de scolarité, il a signé « sans regret » le contrat le liant à l’Etat pour le remboursement des frais occasionnés, l’obligeant à rester en Hongrie le double de la durée de ses études après son diplôme.

Viktor Orbán s’est rempli les poches

Une des rares mesures « positives » de Viktor Orbán, à qui il exclut catégoriquement de donner sa confiance « sa majorité des deux-tiers, il l’a utilisé pour entretenir ses proches, pas les intérêts du pays ».

J’aimerais qu’un parti qui défende avant tout les intérêts de la nation hongroise et de la Hongrie prenne le pouvoir. La Hongrie se retrouve à importer du paprika du Brésil, ça n’a pas de sens ! Faire voyager des aliments 1 200 km de l’étranger, ça n’apporte rien à la Hongrie et ça détruit l’environnement ».

Et Péter de remarquer que « le pays pourrait être en mesure de nourrir trois fois plus de bouches que sa population actuelle (10 millions d’habitants). A la place de quoi, les Hongrois importent du lait et des œufs de Pologne! ».

Péter en veut aussi au gouvernement de Viktor Orbán d’avoir signé une nouvelle loi agraire (motivée par l’échéance du moratoire sur l’achat de terres hongroises par des étrangers arrivant à sa fin au 1er janvier 2014)

qui concentre les terres dans les mains de ceux qui possèdent déjà des centaines et milliers d’hectares et ne laissent pas de place pour les petits agriculteurs ».

Divers scandales de corruption autour de la répartition des terres agricoles avaient fait des vagues l’an dernier, un terrain que n’a pas manqué de cultiver Gábor Vona, le charismatique leader du Jobbik.

« Il ne faut pas que l’étranger s’empare de nos terres »

Avec succés. Péter développe son analyse:

« Il faut se concentrer sur les richesses dont dispose la Hongrie. Les communistes ont voulu en faire le pays du métal et de l’acier. Une vraie incongruité. Nous n’avons ni pétrole ni gaz mais nous sommes riches de nos terres et de nos sources thermales, il faut tout faire pour éviter que l’étranger s’en emparent ».

Un discours qui n’est pas si loin sur certains aspects de celui du LMP le parti vert hongrois -sauf sur le rejet des étrangers– représenté au parlement par 15 députés en 2010 et désormais scindé en deux camps. Mais Péter ne partage pas, entre autres, « leur politique concernant la légalisation des drogues douces ». Soit.

Le moment est venu de passer aux questions qui fâchent ? Quid de l’antisémitisme ?

L’antisémitisme, c’est ce que propagent les médias, de gauche notamment. Ils se concentrent toujours sur les cas les plus extrêmes. Sur une manifestation pacifique de plusieurs milliers de personnes, ils ne vont faire que parler d’éventuels trouble-fêtes antisémites, qui ne sont absolument pas significatifs, je ne les ai jamais croisés dans les milieux que je fréquente ».

Mais il ne peut s’empécher d’ajouter:

D’ailleurs, pourquoi n’avons-nous aucun terme pour désigner ceux qui entretiennent une haine des Hongrois? » lance-t-il, tout en citant Shimon Peres qui en 2008 s’était vanté qu’Israël ‘achète la Hongrie’… ».

Un grand classique du Jobbik

« Il y a ceux qui construisent et ceux qui détruisent le pays »

Péter se veut pourtant un électeur modéré, progressiste en quelque sorte, et s’il s’informe auprès de « kuruc.info, Barikad et Alfahir » (des relais directs de la politique du Jobbik) il consulte aussi HVG et Index.hu, deux titres pourtant libéraux, et n’entretient pas de velléité révisionniste.

Certes Trianon est une tragédie, je ne pourrai que me réjouir que les Sicules obtiennent leur indépendance en Transylvanie ou les Hongrois en Slovaquie ».

Mais le tracé actuel des frontières ne le dérange pas plus que cela.

Et qu’en est-il de la « criminalité rom » considérée comme un fléau par le Jobbik?

Péter temporise « le Jobbik n’a pas de politique particulière à l’encontre des Roms, et ne cherchent pas à s’en débarrasser, tout ce que fait le Jobbik c’est de diviser le pays en deux catégories : ceux qui construisent le pays et ceux qui le détruisent. Ceux-là méritent d’être remis dans le droit chemin, peu importe leur couleur de peau. »

Mais comme emporté par ses propos, il ajoute:

Et puis, c’est un peu normal que si on me vole trois fois de suite et que les trois fois, il se trouve que le voleur était Rom ou SDF, je vais finir par avoir une opinion négative, voire je vais vouloir me défendre si cela devient violent. D’ailleurs 95 % de la population carcérale en Hongrie, sont des représentants de ces minorités-là. Et s’il y a bien eu quelques cas de crimes raciaux ces dernières années, on n’a pas pris la peine de référencer tous les cas où des Roms s’en sont pris aux personnes âgées, quitte à leur ôter la vie, parfois juste pour s’amuser ».

Péter qui semble placer le respect de la vie au dessus de tout aimerait d’ailleurs mettre en place des enseignements de soins de première urgence dans les écoles, avec l’aide du Jobbik. En attendant, il ne croit pas aux sondages donnant 50% des votes au FIDESZ, il pense que le Jobbik pourrait facilement atteindre les 25 %. Réponse dans quelques mois…

2 réflexions au sujet de « Seul le Jobbik peut sauver la Hongrie »

  1. Et pourquoi: « Ce parti d’extrême droite xénophobe » ?

    Si les patriotes et nationalistes se trouvent aujourd’hui être, selon cette phrase, de cette méchante (selon les euro-mondialistes) extrême-droite, c’est uniquement du au fait que de très nombreux autres partis se sont très souvent gauchisés. Et je pense qu’il est en tout autant de la Hongrie.

    Ensuite: pourquoi ce « xénophobe » ?

    Il n’y a strictement de xénophobe dans le fait de vouloir que son pays ne soit pas à la disposition des autres par une immigration conquérante où, à l’avenir, ceux qui y sont natifs y perdront leurs droits, et devront même s’y soumettre.