Jalkh ou Guiniot ? C’est la question que se pose dorénavant l’entourage de Marine Le Pen. Ce serait en effet d’après Médiapart, un salarié du Carré, le siège du Front national, qui travaillerait « au cœur de l’appareil » et n’aurait « qu’une ligne », celle «de Jean-Marie» qui aurait lâché le morceau. Or il n’en reste guère, surtout si l’on exclut des suspects le quarteron hétérophobe et autres sionistes.
Un accord aurait été scellé entre le FN et le Bloc identitaire. «C’est beaucoup plus qu’un pacte de non-agression. On tombe dans le jeu des petits accords politicards, alors que c’est exactement ce qu’on dénonce!» Il n’est pas «un habitué des médias», dit-il. S’il «sort aujourd’hui de (sa) réserve», c’est «parce que sur cette question-là il y a un malaise, un flou qu’il faut clarifier. On est à la limite du scandale»
Le Bloc identitaire (BI), c’est ce groupuscule ethno-sioniste né de la dissolution d’Unité radicale (après l’attentat raté de Maxime Brunerie contre Chirac), rival du FN, spécialisé dans la diatribe anti-islamique et allié de Riposte Laïque…
Toujours selon les gauchistes de Médiapart, généralement bien informés, le permanent poursuit : «Les contacts sont individuels mais prolongés. Ils se font via les anciens du MNR (le Mouvement national républicain, créé par Bruno Mégret en 1998)». Steeve Briois (secrétaire général du FN), Bruno Bilde (directeur de cabinet de Marine Le Pen), Nicolas Bay (membre du bureau politique du FN, délégué national à la communication électorale), côté FN. Fabrice Robert (président du Bloc) et Philippe Vardon (à la tête de Nissa Rebela, l’antenne niçoise), côté BI.
Le 9 septembre au soir, la veille des Journées d’été de Marine Le Pen, à Nice, une réunion s’est tenue «avec les responsables du secrétariat général du FN et ceux du Bloc», confie-t-il. Au centre des discussions, la venue de Philippe Vardon, le dimanche, au discours de la présidente du FN: «Quand venir, quelle attitude adopter, comment présenter cela?» Deux jours plus tard, le cadre historique du Bloc, ennemi notoire de Jean-Marie Le Pen, est bien dans la salle pour le discours de clôture. Et pendant ce temps-là, une dizaine de ses militants s’infiltrent au meeting anti-FN de Christian Estrosi pour saper son discours aux cris de «Estrosi complice, pas de mosquées à Nice» (lire notre reportage).
Le lendemain, Yvan Benedetti, l’ancien bras droit de Bruno Gollnisch, exclu avec fracas du FN, affirme qu’un «protocole d’accord secret» a été conclu entre les deux partis «ces dernières semaines». Une information «qui vient de l’intérieur du Front» où il a «encore beaucoup d’amis», explique-t-il à Mediapart, affirmant détenir des «courriels» qui l’attestent. L’accord consisterait en un désistement d’Arnaud Gouillon, le candidat du Bloc à la présidentielle, en échange de circonscriptions réservées pour les législatives. Etrange coïncidence: le lendemain, Arnaud Gouillon annonce sur son blog qu’il renonce à la course à l’Elysée, «pour des raisons financières».
Marine Le Pen et Fabrice Robert se sont empressés de démentir l’existence d’un tel accord. «Vous avez vu un mail de Marine Le Pen disant qu’il y avait un accord?, s’est agacée la présidente du FN devant les journalistes, lors de ses Journées d’été. S’il y a des contacts, vous n’avez pas à le savoir. Pour l’instant il n’y a rien.» Dans un entretien à Minute, le président du Bloc a lui assuré qu’«il n’y (avait) pas d’accord avec le Front. Nous travaillons sur le terrain depuis huit ans, en toute indépendance. Ce n’est pas pour négocier quelques petites circonscriptions…». Pas faux. Un ralliement en bonne et due forme est effectivement le plus probable. Mais il n’est certainement pas temps d’aller l’expliquer aux militants du BLoc..
«Marine Le Pen est une opportuniste, elle voit le vivier de jeunes qu’elle pourrait récupérer avec le Bloc, explique notre cadre. Ce sont des militants de terrain, spécialistes des actions médiatiques comme l’apéro saucisson, et qui sont très présents sur Internet.» Cela permettrait également à la présidente du FN d’éliminer une candidature à sa droite, après l’annonce de celle de Carl Lang, l’ancien numéro trois du parti.
En “off”, un proche de Marine Le Pen confie: «On a eu des moments durs (avec le Bloc). Mais si on commence à fermer la porte à tous ceux avec qui on a été en conflit, on n’arrivera jamais à faire cette ouverture. Au Bloc, il y a des types très intéressants, avec qui on a des points communs. Il faut voir dans quelle proportion ils sont sincères.»
Des contacts individuels (et non de parti à parti) existent depuis plusieurs mois. A terme, le FN espère bien débaucher les deux leaders du Bloc. Faisant fi de leur passé sulfureux. Philippe Vadron «a milité au GUD» et Fabrice Robert est «un ancien skinhead néonazi», «condamné en 1990 pour diffusion de propos négationnistes», comme l’écrivent les journalistes Caroline Monnot et Abel Mestre, dans Le Système Le Pen (éditions Denoël).
Le rapprochement pourrait s’effectuer pour les municipales à Nice en 2014, selon Le Monde. Vardon et l’ancien maire de la ville, l’ex-FN et ex-UMP Jacques Peyrat, travaillent d’ailleurs ensemble à cette élection. Jacques Peyrat, qui fut soutenu par le FN lors des dernières cantonales, n’était-il pas au premier rang lors du discours de Marine Le Pen, le 11 septembre? La numéro un du FN a pourtant toujours affirmé que le rapprochement avec Jacques Peyrat n’était «pas un soutien aux Identitaires».
Résultat, au nom de ce rapprochement avec le Bloc, les membres du Front national avalent de belles couleuvres. «Philippe Vardon a agressé des militants du FNJ dans la rue de leur local (à Nice), il y a eu une bagarre. La direction du FN a imposé le silence sur cette affaire et empêché une plainte pour protéger les accords secrets. C’est intolérable», raconte le cadre. «Il y a peut-être eu un accrochage, mais il n’y a pas mort d’homme», relativise Steeve Briois.
Lors des Journées d’été du FN, l’arrivée de Philippe Vardon au Palais des congrès de Nice a été très tendue. «Il a failli en venir aux mains avec le responsable du service d’ordre», rapporte le permanent du Carré.
Vardon le 11 septembre 2011. DR
Autre indicateur de ce rapprochement, l’éviction d’opposants à cette alliance. Bruno Larebière, l’ancien rédacteur en chef de Minute, en est le meilleur exemple. Connu pour son anti-marinisme, haï par la majorité des frontistes, il a été évincé du bureau exécutif du Bloc identitaire, où il était en charge de la communication, ainsi que de la direction du site Novopress.info. A l’origine de son départ, un «désaccord stratégique», a reconnu pudiquement Fabrice Robert, interviewé par le site Préférence-nationale.net.
Au printemps dernier, le chef des Identitaires ne faisait d’ailleurs pas mystère de son intérêt pour le FN. «Le contact n’est pas rompu avec le FN. Il n’y a pas de mur entre nous. Imaginez la force de frappe que l’on aurait», déclarait-il au Monde, évoquant une stratégie «avec un pied dedans, et un pied en dehors du Front national». Philippe Vardon a quant à lui estimé, dans un communiqué, le 12 septembre, qu’il ne lui avait pas semblé «inopportun d’aller écouter le discours d’une candidate placée en seconde ou troisième position» des intentions de vote de la présidentielle et qu’il avait «d’ailleurs entendu dans ce discours des choses intéressantes», notamment «la fermeté sur la question de l’immigration» et des propositions comme «le référendum d’initiative populaire». Sans nier des «divergences» sur «la question de l’organisation de l’Etat et la question européenne».
Mais ce réchauffement entre les deux partis rivaux pose un double problème, «politique et financier», selon notre cadre. «Politique car on n’est pas du tout sur la même ligne qu’eux: ils sont pan-européens, régionalistes, parfois séparatistes, nous sommes nationalistes, jacobins. Financier car 50 circonscriptions, c’est 50 fois le nombre de voix qui n’iront pas dans les caisses du FN. Et quand ils auront leur cacao, ils s’en iront!»
«L’idéal, c’est qu’ils viennent au Front», explique le proche de Marine Le Pen. «S’il y a un jour compatibilité, ce seront eux qui feront le pas vers nous, pas le contraire», avait déclaré en avril Louis Aliot au Monde. Pourquoi passer un accord avec le Bloc identitaire quand on peut le faire imploser? D’autant que des dissensions apparaissent au sein de sa direction. La présence de Vardon au meeting du Front n’a fait que l’accroître. «Sur un sujet aussi essentiel, le bureau exécutif du Bloc aurait dû être consulté», assène un cadre historique du mouvement, dans Les Inrocks.
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